Toujours rien pour vivre du métier de paysan!

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Le MODEF s’indigne du peu de propositions qui ont été faites par le Premier Ministre ce mercredi 21 février. Les annonces ne sont pas satisfaisantes pour les paysans et sont – une fois de plus – la manifestation de la collusion du syndicat majoritaire avec le gouvernement.

 Nous continuons de défendre un prix plancher rémunérateur garanti par l’État ainsi qu’un encadrement des marges via le coefficient multiplicateur. Nos revendications sont au cœur de notre syndicat depuis 1959 et sont toujours d’actualité… mais toujours absentes d’Egalim comme des autres mesures annoncées.

Si M. ATTAL reconnaît l’inefficacité d’Egalim et va modifier la loi cet été (Egalim 3 ?) aucun élément supplémentaire n’est annoncé.

L’exonération de cotisations patronales pour les travailleurs salariés saisonniers (TODE) ne concerne pas tous les agriculteurs, et rares sont les petites fermes qui pourraient en bénéficier. S’agissant du Plan Loup la simplification du protocole d’autorisation de tir est une avancée timide et secondaire par rapport aux principales préoccupations des agriculteurs : vivre de leur métier, vivre de produire la nourriture des Français.

Le MODEF accueille avec satisfaction le résultat des premiers contrôles des centrales d’achat européennes vis-à-vis d’EGALIM et du respect des règles d’étiquetage. Nous revendiquons sur cela depuis de nombreuses années. Mais attendre que les agriculteurs sortent manifester est irresponsable du gouvernement ! Devrons-nous manifester tous les jours pour le respect de ces lois ? Par ailleurs, ne soyons pas dupes ! Les dividendes versés par les 20 plus grandes entreprises de céréales, d’engrais, de viandes et de produits laitiers au cours des 3 derniers exercices se hissent à 53 milliards d’euros cumulés ; ces quelques millions d’amendes sont une broutille que les entreprises de l’agrobusiness ont depuis longtemps provisionnée.

L’annonce de l’arrêt de l’utilisation de l’indicateur NODU en matière de pesticides est un échec, la France en tant que pays fondateur de l’Union européenne et du combat pour une agriculture plus durable devrait être un modèle suivi par l’Europe et harmonisé à tous les pays membres. En reculant sur ces – elles aussi timides – avancées, l’horizon d’une agriculture française plus durable s’obscurcit.

Si le gouvernement se félicite du versement de la totalité des aides PAC, celles-ci ont été revues à la baisse pour de nombreux agriculteurs, notamment les éco-régimes. Or la situation est bien plus tendue financièrement dans les fermes, en particulier chez les éleveurs. L’argument de l’année 2015 est par ailleurs frauduleux, car il s’agit de la première année du PSN 2014, ensuite parce que la France a des obligations de versement envers les agriculteurs dont elle n’a pas le droit de se dédouaner.

Certes, le Premier Ministre annonce des plans de filières, notamment pour « sauver l’élevage » mais celui-ci est largement insuffisant : il traite essentiellement des haies (dépénalisation des sanctions si non-respect des obligations environnementales des haies) ou de la maladie MHE « passer de 80 à 90 % de subventions des frais vétérinaires pour les animaux concernés ». C’est loin d’être suffisant pour le MODEF, ce n’est même pas un début.

Le Gouvernement surfe sur la vague et joue avec les mots en souhaitant inscrire la « souveraineté alimentaire » dans la loi. Mais il n’en donne aucune définition. Son extension au niveau européen est une méconnaissance des principes fondateurs et de la stratégie européenne en matière d’alimentation : L’Europe s’est créée et existe déjà pour cela … En parler c’est annoncer que rien ne va changer … que le modèle agricole reste libéral, tourné vers les marchés, l’import-export, et se moque totalement de la souveraineté alimentaire nationale. Le Syndicat des Exploitants Familiaux continue de défendre une souveraineté alimentaire nationale, suivant la définition de la Via Campesina !

Par son inaction, le gouvernement français veut éradiquer tous les petits et moyens paysans français qui seuls sont garants d’une pratique agricole respectant l’environnement et son territoire tout en produisant des denrées saines et de hautes qualités pour le consommateur français. Le MODEF défend et promeut depuis 50 ans une agriculture durable, respectueuse de l’environnement, pour une alimentation de qualité !

 Pour sauver l’agriculture, le MODEF a publié 45 propositions : il est urgent d’une réelle concertation publique et démocratique autour de propositions en lien avec les attentes des paysans toujours en souffrance, et de consommateurs soucieux de mieux manger.

 

Angoulême, le 22/02/2024,

Le membre du Comité Directeur du MODEF National

Lionel GIRARDI

&

Le Secrétaire du MODEF National

Jean-Claude Wailliez